Mardi 7 novembre 2006
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22:15
Ma vie ressemble à cet unijambiste que je viens de peindre au cours de dessin. Il est triste, deux béquilles sous chaque bras, il clopine. Des larmes rouge-sang coulent le long de sa joue et vont tacher sa chemise d'un blanc pur. Son pantalon épouse parfaitement la forme arrondie de son moignon. Le prof. trouve ça d'une grande violence, et a comparé ma peinture aux expressionnistes allemands et italiens, ce qui n'a rien pour me déplaire. Pour grossir les traits j'ai encore cerné le visage de noir. J'ai tant de choses à exprimer, il faut que ça sorte, il faut que l'abcès perce, qu'il coule, qu'il se déverse.
Par bruno
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Mardi 28 novembre 2006
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22:26
Mes pinceaux remplissent la toile. Choisir un fond n'est pas une mince affaire. Réchauffer la toile ? ou au contraire accentuer le caractère abattu du personnage ? Influencé certainement par Rouault, un vert froid et glacial recouvrira le fond de ma toile. Mais maintenant, ira-t-il vers la lumière ou vers l'ombre ? La lumière sera-t-elle dans son dos ou lui ouvrira-t-elle le chemin ? Quoiqu'il en soit, il semble claudiquer sur ses deux béquilles, mon personnage prend vie sur son unique jambe, il perd l'équilibre, mais avance malgré tout. Il me ressemble, j'ai deux jambes, mais n'avance que sur une. Peut-être, un jour aurais-je deux jambes ?
Avant ma réunion syndicale, je relisais P. Verlaine in Chanson pour elle
Aime-moi,
Car, sans toi,
Rien ne puis,
Rien ne suis.
P. Verlaine.
Par Bruno
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Mardi 12 décembre 2006
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19:39
Ce soir mon unijambiste n'avancera pas
Ce soir mes pinceaux ne caresseront pas mon unijambiste
Ce soir mes couleurs ne joueront pas avec mon unijambiste
Ce soir mon unijambiste restera dans l'ombre
Ce soir je ne déverserai pas ma mélancolie sur ma peinture
Ce soir le prof. de peinture est absent
Il fait froid, je rentre, il va peut-être neiger. J'attendrai devant ma fenêtre le petits flocons blancs maculer la rue, blanchir la cathédrale, recouvrir les voitures.
Par Bruno
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Jeudi 28 décembre 2006
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21:55
Pourtant, il regarde vers la lumière, mais c'est dans l'ombre qu'il claudiquera, c'est dans l'ombre qu'il se jettera. La lumière ne le retiendra pas, les verts profonds l'attireront. Bonne chance Unijambiste, nous aurons passé de bons moments ensemble. Désormais, je me tourne vers une autre aventure ; davantage bleutée, toujours dans les couleurs froides.
Par Bruno
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Mercredi 3 janvier 2007
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14:00
Il est terminé, j'ai fini de le peindre.
Maintenant il erre, il se plante là, puis finalement il se terre là. Sur une seule jambe, sur deux béquilles, il cherche sa place. La trouvera-t-il ?
Aucun jour ne suivra sa nuit dans laquelle il souffre, aucune nuit ne sera suivie de l'aurore, mais, le sait-il ? N'entend-il pas mes pleurs ce compagnon du noir trépas ?
Par Bruno
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Mardi 9 janvier 2007
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22:44
Tout d'abord je voudrais copier cette citation lue dans Flaubert : "Il ne faut rien regretter, car n'est-ce pas reconnaître qu'il y a au monde quelque chose de bon ?"
"Mélancolie" pourrait être le titre de ma nouvelle peinture et voilà le point de départ de ma réflexion : je ne veux pas faire un visage comme un visage, je veux seulement dire bouche, yeux, front, cheveux, menton. Je ne veux pas faire une tête de A à Z. Mais arriver à DIRE tristesse, mélancolie, douleur, spleen. ARRIVER A DIRE. "Mélancolie" a le regard profond et noir.
Par Bruno
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